Eric Cordier Osorezan

Retour sur Osorezan, un disque marquant au sein du field recording français, qui à sa sortie, marquait l’arrivée, après Eric La Casa et Cédric Peyronnet, d’un nouveau génie de la prise de son hexagonale : l’ancien vielliste Eric Cordier.

Le disque est composé d’une sélection de field recordings réalisés entre 1993 et 2006, en France et au Japon. Les enregistrements sont assemblés et très peu, voire pas du tout, retouchés, car pour les field-recordings, Cordier pense en termes musicaux dès la prise de son, et parvient à créer de la musique avec les sons naturels dès ce moment, par le biais du choix des micros, de leur emplacement, et de leur mouvement durant l’enregistrement. Ainsi avec Cordier, la musique ne se fait pas durant la phase d’édition, mais dès l’enregistrement, ce qui le rapproche de La Casa et fait de lui un homme capable de réaliser des enregistrements uniques – à noter que c’est peut-être aussi du fait de sa fréquente collaboration avec des improvisateurs (Jean-Luc Guionnet, Seijiro Murayama) en tant qu’instrumentiste (vielle à roue) qui l’a amené à travailler ainsi.

Quant à Osorezan, il s’agit d’une suite de cinq pièces magnifiques. La première surtout est très marquante car elle aborde des volcans japonais, et se compose d’enregistrements de gaz qui remue l’eau, d’eau, de vent, et de tous les éléments. Ici surtout, on perçoit l’art de Cordier dans les déplacements, le lien organique qui le lie entre ce qu’il enregistre et sa manière d’enregistrer : il ne s’agit pas que de capter et d’écouter passivement, mais bien d’un dialogue direct et humain avec le milieu saisi. Puis viennent deux pièces plus courtes à partir d’un ferry qui débarque des voitures sur la Seine, et d’un pont japonais durant une petite tempête, deux pièces plus anecdotiques à mon goût.

Retour en France ensuite avec Le feu de Saint-Clair, enregistrement d’une fête estivale dans le nord de la France, à quelques pas du village natif de Cordier. Ici l’enregistrement est composé des préparatifs de la fête, du montage d’un brasier d’une dizaine de mètres à sa mise à feu, en passant par les cloches des églises et les festivités. Un enregistrement plus familial qui se base sur les sons des préparatifs, du bois, des métaux, de l’environnement et de l’ambiance festifs, puis sur le son du feu, sur le calme qu’il suscite. Une prise de son extraordinaire qui, à côté de son aspect documentaire et intime, révèle surtout une richesse sonore et mise en forme savante. Quant à la dernière pièce, il s’agit d’un enregistrement plus énigmatique, austère et abstrait, d’un hameau dans le sud de la France au début de l’été. Un enregistrement endurant et patient, brut, mais qui peut se révéler saisissant dans la richesse minimaliste qui se dévoile avec un peu de concentration.

J’adorais le travail de Cordier à la vielle à roue, et Osorezan a été le premier disque composé de field-recordings que j’écoutais de lui. Même si j’étais un peu déçu à ce moment qu’il quitte cet instrument si rare que j’aime tant, ma déception est vite passée devant ce talent pour la prise de son active, poétique, musicale, mouvementée et savante. Osorezan reste un de mes disques préférés de field-recording actuel : recommandé.
– Julien Héraud –

(1 hour ago)

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